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Le site présente des centaines de cartes postales anciennes et photos d'époque accompagnées de leurs légendes originales et, quand c'est possible, de commentaires sur leur contexte historique ou de références littéraires sur le sujet. Vous pouvez contribuer à l'enrichissement du site en communiquant des images, des données historiques ou des connaissances vécues ou transmises.

Séance de palabre dans une cours au Togo, carte postale allemande

Ce tableau édifiant célèbre les sages traditions togolaises en matière de négociation. Il semble opportunément scénarisé pour illustrer certaines des options de la politique coloniale allemande. D’une part, il ne peut s’agir d’une scène de vie saisie à l’improviste par le photographe. Le matériel et les temps de pose requis pour capturer une telle image, en ce tout début du XXème siècle, nécessitaient en effet une certaine organisation. Il a sûrement fallu la préparer, la jouer, la rejouer  et attendre suffisamment longtemps –dans une grande immobilité !- pour impressionner la plaque de verre… D’autre part, cette photo porte les indices du message qu’elle est censée véhiculer, en l’occurrence justifier la délégation de l’exercice du droit aux chefs coutumiers. Ainsi, l’image présente clairement l’assemblée telle un tribunal. Elle est présidée par des édiles locaux siégeant en costume presque officiel. L’œil de la population est représenté par l’abondante assistance répartie de part et d’autre de la cour –et de la cours. Enfin le sérieux de la chose et l’adoubement de la colonie sont attestés en la personne d’un officiel allemand en uniforme, consignant les décisions par écrit. Les Allemands avaient en effet pris le parti de confier aux autorités indigènes les tâches de justice. Cette délégation présente plusieurs avantages. Elle fait porter sur les élites locales l’éventuel mécontentement lié à l’application de lois allemandes particulièrement sévères pour les indigènes. Elle permet aussi d’économiser substantiellement sur le personnel colonial dédié. L’économie des dépenses est un principe central dans la gestion du Togo. Ce territoire est considéré comme la colonie modèle par Berlin, car très tôt il rapporte à l’Allemagne plus qu’il ne coûte.

 

 le dispensaire de Minlaba, une petite foule attend devant la porte...

L’effort sanitaire colonial au Cameroun porte avant tout sur la lutte contre la maladie du sommeil. L’affection, endémique dans la région, a en effet pris un tour épidémique catastrophique à la fin du XIX ème siècle, avec la circulation des populations engendrée par la pénétration coloniale et par les mouvements de main d’œuvre, vers les plantations notamment. En quelques décennies, la trypanosomiase emporte plusieurs millions de personnes, dans une hécatombe restée sans équivalent. Du temps de leur occupation, les Allemands prennent la mesure du problème et ébauchent un dispositif, essentiellement basé sur la concentration des malades dans des sites dédiés ou, pour le moins, en préparant des lieux d’accueil. Les Français reprennent l’idée à leur compte, mais en la sophistiquant selon les principes établis par Eugène Jamot, le maitre de la lutte contre la maladie du sommeil. Ils consistent à débusquer manu militari les patients dans les villages grâce à des équipes mobiles, à traiter les moins atteints dans les dispensaires et les postes de santé avancés –auxquels sont également dévolus les soins courants pour les autres affections- et à transporter les plus malades dans des « hypnoseries », établissements spécialisés dans leur traitement. Voici la description d’un de ces postes avancés, faite au milieu des années trente : « Les hôpitaux sont supplées, pour les cas bénins, par des infirmeries de brousse. Une case à trois compartiments, dont l’un sert de chambre à l’infirmier. Des thermomètres, des compresses, des bandes, des seringues, une armoire à médicaments, d’où l’on a exclu les poisons qu’on ne confierai pas sans péril à un indigène même diplômé. C’est tout. C’est déjà beaucoup ». Source : J. Wilbois Le Cameroun, éditions Payot, Paris, 1934.

 

Types de Femmes Malinkées, Toucouleurs et Bambaras (groupes femmes et enfants)

Entre intérêt ethnographique, réelle curiosité de l’autre et gout pour l’exotisme, les photos de « types », et les cartes postales qui les popularisent, sont en vogue dès la fin du XIXème  siècle. Véritable inventaire de l’altérité, elles prétendent recenser par l’image toutes les physionomies, toutes les coutumes vestimentaires et capillaires des peuples colonisées. L’engouement pour ces clichés va de pair avec l’enthousiasme suscité dans l’opinion publique par la conquête de nouveaux territoires, par l’extension de l’empire national sous d’autres latitudes. Dans ces séries photographiques, qui représentent aussi bien hommes, femmes, enfants, groupes ou familles, les clichés de « beautés exotiques » ont une place particulière. Ils portent la part de rêve des Français pour des jeunes filles agréables à voir, joyeuses et aux mœurs supposées plus légères que celles des femmes françaises. L’alibi ethnographique permet d’ailleurs de représenter des corps féminins dénudés, dans une époque encore très pudibonde en Europe.  -  Cette carte postale fait partie de l’importante collection due au photographe et éditeur dakarois Edmond Fortier (1862-1928), qui tenait boutique rue Dagorne, une des voies transversales coupant la rue des Essarts au niveau du marché Kermel. Il a du prendre ce cliché à l’occasion du voyage qu’il fit au Soudan français entre 1905 et 1906. 

 

Cérémonie au camps de Thiaroye en 1927

Ce camp, situé à côté de Dakar, est le théatre d’une funeste tragédie le 1er décembre 1944. Des dizaines de tirailleurs sénégalais sont abattus par d’autres soldats français, sur ordre de la hiérarchie militaire. Soixante dix ans après, l’évènement est loin d’être apaisé. Il suscite toujours de vifs échanges entre historiens, avec interpellation de l’exécutif, de la presse et de l’opinion. S’opposent d’un côté les tenants d’une légitimité de l’action répressive des autorités militaires de Dakar - agissant selon les formes pour mater une mutinerie - et de l’autre ceux d’une opération orchestrée pour couvrir des erreurs, voire des malversations, administratives.

Les victimes font partie d’un contingent de combattants africains, emprisonnés par les Allemands dans des camps de travail sur le sol français et libérés par l’avancée des Alliés. Ils devaient transiter par Dakar, en route pour regagner leurs foyers respectifs dans toute l’Afrique occidentale française. Mais l’intégralité de leur solde ne leur a pas été payée, des revenus correspondant à leur traitement pendant les mois et les années de captivité. Craignant d’être spoliés une fois dispersés dans leurs villages d’origines, les tirailleurs rapatriés entendent percevoir l’intégralité de leur dû avant d’embarquer à Morlaix. Une partie d’entre eux refuse d’ailleurs de monter à bord du navire les ramenant d’Europe, d’autres de réembarquer après une escale à Casablanca. Au départ de métropole, les autorités promettent de les démobiliser et de régulariser leur situation dès l’arrivée Dakar. Mais une fois au Sénégal, ils sont cantonnés à Thiaroye et rien ne s’arrange. On veut même les faire partir en train vers Bamako où, promet-on à nouveau, tout sera réglé. Excédés, les tirailleurs interpellent leurs chefs, retiennent un moment le commandant par intérim de la place et obtiennent de engagements. Mais quelles que heures plus tard, les autorités font donner la troupe, avec un char et des automitrailleuses, balayant les tirailleurs désarmés.

 

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